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Sanctuaire Notre Dame de Lourdes. Basilique du Rosaire. Juillet 2019. |
NOUS LES HABITANTS aimons Le Sanctuaire de Notre Dame de Lourdes.
« Heureux les cœurs purs, dit l’Évangile, ce sont ceux-là qui verront Dieu ! »
Un château fort, clé jadis des Pyrénées, surveille la ville de Lourdes depuis une colline rocheuse depuis le Moyen-âge. Une rivière nommée "Le Gave" la traverse sur un terrain accidenté dans les Hautes Pyrénées. Ces torrents qui descendent des vallées pyrénéennes son appelées "gaves", un terme celtique, et sont le fruit des glaciers et des
neiges pyrénéens se frayant un chemin dans une terre sauvage, entre les prairies et les champs cultivés, entre les bois et les
rochers affûtés.
Le château de Lourdes sema la terreur dans toute la région pendant le Moyen-âge. Occupé par des capitaines-brigands, ils vivaient des rançons que les paysans de la plaine leur payaient. Il devint une prison d’État au XVIIIè siècle: c'était la Bastille des Pyrénées.
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Vue du château fort de Lourdes. Juillet 2019. |
Le château de Lourdes sema la terreur dans toute la région pendant le Moyen-âge. Occupé par des capitaines-brigands, ils vivaient des rançons que les paysans de la plaine leur payaient. Il devint une prison d’État au XVIIIè siècle: c'était la Bastille des Pyrénées.
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Vue de Lourdes traversée par le Gave au barrage du moulin. Juillet 2019. |
Au milieu du XIXè siècle, vers 1858, Lourdes était un lieu de passage vers les eaux thermales des Pyrénées et les diligences de ces établissements d'eaux curatives s’arrêtaient à l’Hôtel de la Poste pendant l'été. Les voyageurs venaient de tous les coins d'Europe, visitaient les environs, le Château, admiraient le paysage.
Les Lourdais formaient un groupe proprement pyrénéen, méridional, c'est à dire, très peu
mêlés de sang étranger. Ils étaient simples comme la vie des champs les avait forgés, religieux, peu ouverts aux nouveautés. La plupart de la population était investie dans des
associations philanthropiques et pieuses ayant une dévotion particulière pour la Vierge Marie. C'est pourquoi, à cette époque étaient très nombreux à Lourdes les sanctuaires qui lui sont consacrés: depuis
Piétat ou Garaison jusqu’à Betharram.
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Objets de pitié et souvenirs dans les magasins à Lourdes. Juillet 2019. |
En 1858, cette terre est un mélange de riches et de pauvres, de méchants et de gentils, de chaumière et de tuiles, de luxe et de misère, de bonheur de la vie confortable et de malheur de la vie misérable, d'habits élégants et d'habits simples, de joies et de tristesses. Les gens bien utilisent les pauvres pour le travail, pour leur donner une occupation, mais leur vie sociale est en
dehors d'eux. Les riches, les patrons sont la bonne compagnie chrétienne, des gens comme il faut, mais ils ne voient pas les ouvriers et les pauvres comme des frères ni comme des égaux.
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Lourdes: à gauche, le boulevard de la Grotte. |
La classe ouvrière, les pauvres, se sent délaissée et accablée sous le poids du travail,
épuisée de besoins, dédaignée, abandonnée, sans aucune crédibilité. Cette classe misérable est la préférée de Notre Seigneur, est la
bonne compagnie qui entoure le Christ: Il s'entoure des pêcheurs, des pauvres et des publicains, ce sont eux qui ont besoin de Lui. C'est une manière de dire que leur situation n'est qu'un accident, car aussi dotés d'intelligence et capables de réaliser de magnifiques choses.
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Grotte de Massabielle à Lourdes, lieu d'apparition de la Vierge Marie. Juillet 2019. |
La volonté de Jésus, homme puissant et fils de Dieu, a été toujours auprès des pauvres; Il a créé son Église avec ses disciples qui étaient des pauvres; le premier Pape, Saint Pierre, était pêcheur, homme simple et pauvre. Dieu préfère les pauvres, des gens sur lesquels Il a répandu Ses grâces spirituelles. Les enfants fils de pauvres, écartés par le Monde bien, ont été les témoins principaux des Apparitions, des Visions, des révélations. Dieu a voulu se manifester aux hommes, et pour cela il va chez ses amis, chez les gens pauvres et humbles : « Dieu a fait élection de ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est puissant. »
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Fontaine de Lourdes. Juillet 2019. |
En 1858, François avait 35 ans et Louise 17 ans; provenant de familles de meuniers ou fermiers du pays, ils se marièrent le 9 janvier 1843. Leur demeure était, au début, le moulin de Boly, à Lourdes, et plus tard ils déménagèrent au moulin d’Escoubès, dans le village d'Arcizac-ès-Angles, près de Lourdes. En 1856, ils retournèrent à Lourdes, où ils avaient loué une petite habitation, pour chercher du travail en vain. Faute d'argent pour payer le loyer, ils laissèrent en gage une armoire pour déménager dans une ancienne prison de Lourdes, rue des Petits-Fossés, propriété d'un cousin germain de Louise, un cachot humide et sale et sans fenêtre. Là, la famille Soubirou n'avait de la place que pour deux misérables lits, une petite malle pour les vêtements et le linge, deux chaises, quelques assiettes.
La nourriture manquait souvent à la maison: le
pain, le milloc ou maïs même. Jean-Marie, un des petits frères, mangeait la cire fondue de l'église [1] ;
« ils étaient, dit leur cousin germain, plus misérables que je ne saurais
le dire[2]. »
D'après un témoin, François aimait le travail avant son mariage ; depuis, il avait entendu dire à son père que : « François n’est pas économe. » Tout le monde savait que beaucoup de meuniers avaient la coutume de faire moudre à crédit, et François n'était pas l’exception car, étant très gentil, n’osait pas insister pour le payement et au lieu de profiter de l'aisance que son travail pouvait lui procurer, il s'effondrait de plus en plus dans la misère[3]. François Soubirou, dut renoncer donc à son petit moulin et travailla comme journalier; avec sa femme, Louise Casterot, ils élevaient quatre enfants : deux filles et deux garçons.
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Pèlerins de l'Archidiocèse de Glasgow à Lourdes. Juillet 2019. |
Le 11 février 1858, jour de la sainte Geneviève et jour du Jeudi-Gras, les festins étaient préparés partout dans l'Occitanie. Une famille pauvre parmi d'autres, s’apprêtant à préparer son dîner dans sa misérable maison louée rue des Petits-Fossés, manquait de bois.
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Rive gauche: bâtiment hebergeant les piscines. |
Louise, malade, ne pouvant allaiter Bernadette, sa fille aînée, lors de sa naissance, fut prise en charge par des paysans de Bartrès qui recevaient pour son entretien cinq
francs par mois. Ceux-ci s'étant attachés à elle, Bernadette était considérée comme une fille à eux et la nourrissaient pour rien et
l’employaient comme bergère dans les pâturages.
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A droite, bâtiment ayant accès aux piscines. Juillet 2019. |
Bernadette, lorsqu'elle gardait ses moutons, récitait le chapelet et passait son temps à jouer avec les pierres, les plantes de la montagne et avec son agneau préféré. Sans l'empêcher de travailler, l'asthme parfois la faisait souffrir. Elle acceptait patiemment sa maladie avec humble et tranquille résignation. En tant que bergère, elle était devenue une fille d'une remarquable simplicité, un trait de caractère qui plait à Dieu :
« Heureux
les cœurs purs, dit l’Évangile, ce
sont ceux-là qui verront Dieu ! »
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Grotte de Massabielle à Lourdes. Juillet 2019. |
A quatorze ans, Bernadette n’avait
pas appris le catéchisme et n'avait pas fait la communion; ne savant ni lire ni écrire, le français pour elle était tout à
fait une langue étrangère et elle ne savait s'exprimer qu'en son patois occitan. Son ignorance était extrême et ses leçons religieuses étaient Notre Père, Je vous salue, Je crois en
Dieu, Gloire au Père.
Depuis deux semaines, Bernadette avait quitté Bartrès pour rejoindre sa famille à Lourdes.
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Groupe de pèlerins à Lourdes. Juillet 2019. |
A onze heures, le jour de Jeudi-Gras il n'y avait pas de bois chez la famille Soubirou pour préparer le repas.
-Va en ramasser sur le bord du Gave ou
dans les communaux, dit la mère à Marie, sa seconde fille.
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Basilique du Rosaire. |
Bernadette, coiffée d'un mouchoir noué comme c'est la tradition du pays, voulait aussi accompagner sa petite sœur et apporter un peu de bois pour la maison mais sa mère le lui interdit:
-Non, répondit Louise Soubirou : tu tousses, tu prendrais du mal.
Une amie des enfants, Jeanne Abadie de
quinze ans, était arrivée pour aller aussi cueillir du bois. Mme Soubirou dit finalement à Bernadette:
-Prends ton capulet.
Le capulet est une espèce de capuchon en drap très fort caractéristique des Pyrénées, tenant à la fois de la coiffure et du petit manteau s'étendant sur le dos.
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Boulevard de la Grotte à Lourdes. Juillet 2019. |
Après avoir traversé le pont, les trois enfants arrivèrent bientôt sur la rive gauche du Gave et, passant par le moulin de M de Laffitte, elles entrèrent dans l’île du Châlet pour ramasser quelques débris de bois. Bernadette, dans son capulet et ses grossiers sabots, était restée un peu en arrière et n’avait encore
rien trouvé. Elle était petite pour son âge, ses
cheveux noirs et fins, son front découvert, ses yeux bruns.
A cette époque, il n'y avait pas d'arbres le long de la grotte sur la rive gauche du
Gave ; cependant, il y avait des peupliers et des aulnes sur la
rive droite, sur les prairies dites de Pymorin et de Lasserre. Du côté de Lourdes, il y avait, à cette époque, un chalet, et tout autour, entre la
grotte et le moulin Savy, des arbres plantés formant un bosquet épais. Sur la rive droite, vers le couvent de l’Immaculé-Conception, se trouvaient une pente escarpée,
couverte de broussailles et d’arbustes, et, entre le pied de la pente et le
Gave, un sentier fort étroit.
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Rive droite du Gave: les prairies dites Pymorin et Laserre. Juillet 2019. |
Un canal et le Gave se joignaient devant la grotte et entre les deux, avant la jonction, il y avait un
espace caillouteux et d’une largeur qui variait selon le rythme des pluies: pendant la sécheresse le Gave
baissait, le terrain était inondé si les eaux étaient plus abondantes. Devant la grotte, quelques blocs de pierres de différente taille se
trouvaient à sec ou inondés car le Gave, aux jours de crue, débordait par
delà le canal, couvrait les blocs et remplissait la grotte, laissant un dépôt de limon, de sable et de cailloux.
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Rive gauche du Gave. Juillet 2019. |
Au-dessus de la grotte, sur le monticule ou
plateau qui supporte la basilique il n’y avait pas d’arbres et l’herbe laissait montrer la nature rocheuse des lieux : il ne fallait pas trop s’avancer sur la pente, car le
précipice arrivait brusquement.
Certains témoins, d’après l’enquête
réalisée plus tard, disent
« "Personne n’ignorait quel troupeau
était gardé à Massabieille", dit Paul Leyrisse, porcher de Lourdes, " j’avais remarqué les tiges fourrées qui s’échappaient de la niche de
l’apparition, et surtout les grandes branches d’un églantier : elles
tombaient fort bas, le long du roc. Je me souviens que les fleurs de
l’églantier étaient blanches". »
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Les pèlerins attendent pour visiter la grotte. Juillet 2019. |
Aussi,
pour exprimer que quelqu’un était grossier ou mal élevé, disait-on :
« Il doit avoir fait son éducation à la « rive de Massabieille, »
raconte Mlle Lacrampe, voisine de Lourdes.
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Vue de l'esplanade. Juillet 2019. |
Le garde champêtre, Pierre Callet, a dit : « C’était un endroit tout désert
et sauvage : je n’y descendis jamais dans mes tournées. » Et Lucien
Poueyto prévient de la dangerosité des lieux : « Les serpents n’y étaient pas rares. »
Voici l'endroit que la Vierge Marie choisit pour se présenter à Bernadette.
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Messe à la grotte de Massabielle. Juillet 2019. |
Le moulin de Sâvy était en réparation ce jour-là lorsque les
trois petites filles arrivèrent au fond de l’île du Châlet, il se trouvait juste en face de la
Grotte de Massabielle; le cours d'eau du moulin qui baignait les rochers, séparait les filles de la grotte. Jeanne et Marie trouvèrent quelques branches de
bois dans le canal du moulin desséché et traversèrent le ruisseau glacial contentes d'avoir trouvé quelque chose pour la cheminée. Cependant, pour
Bernadette, traverser le courant du moulin était un embarras car
elle avait des bas.
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Messe à la grotte de Massabielle. Juillet 2019. |
-Jetez
deux ou trois grosses pierres au milieu du ruisseau pour que je puisse passer à
sec, leur dit Bernadette.
-Fais
comme nous, répondit Jeanne, mets-toi nu-pieds.
Bernadette avait des vêtements pauvres, couverts de nombreux rapiéçages et ses sabots n'avaient pas de clous, comme ceux des enfants les plus pauvres[4]. Sa tête et ses épaules étaient couvertes par un
capulet blanc et un capuchon noire au moment des
apparitions. Elle se décida à traverser le petit ruisseau vers midi; lorsqu'elle ôtait son premier bas, elle
entendit autour d’elle une sorte de bruit, comme un puissant coup de vent du côté de la prairie. Elle se retourna voir l'origine de ce courant d'air; voyant que les peupliers étaient
figés, immobiles, elle s'apprêta à ôter ses sabots pour traverser le canal. Mais encore elle entendit ce bruit inconnu; Bernadette, levant sa tête,
regarda en face d’elle et, toute émue, se mit à genoux à cause de ce qu’elle vit devant elle.
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Niche rustique formée par le rocher, où Marie se tenait debout. |
Son visage formait une courbe
ovale exprimant une grâce infinie; les yeux bleus, les lèvres
dégageaient bonté et mansuétude divines; les vêtements étaient d'un blanc resplendissant; sous la robe longue les pieds nus reposaient sur le roc foulant légèrement la branche de
l’églantier. Sur chaque pied s’épanouissait la Rose mystique, couleur
d’or.
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La Grotte de Massabielle. Juillet 2019. |
Sur le devant, Marie avait une ceinture bleue nouée à moitié autour du corps et qui pendait en deux longues bandes qui arrivaient à hauteur des pieds. Un voile blanc, couvrant les épaules et le haut des bras, était fixé autour de la tête descendant jusqu'au bas de la robe. Elle avait entre les mains jointes un
chapelet aux grains blancs et à la chaîne jaune.
La Vierge Marie, la
très-auguste et très-sainte Marie, mère de Jésus, regardait Bernadette qui tremblait et qui, affaissée, était prosternée à genoux. La Vierge Marie salua l'enfant en faisant le signe de la Croix et Bernadette fit de même en
se soulevant peu à peu. Lorsque Bernadette se libéra de la peur, elle récita le chapelet: « Je crois en Dieu ; Je vous salue Marie, pleine de
grâces… » A la fin, après avoir dit : « »Gloire au Père, au Fils et à
l’Esprit, dans les siècles des siècles, » soudain, la Vierge Marie disparut.
Bernadette, toute seule, regarda devant
elle les Roches de Massabielle, sous lesquelles, sans avoir rien vu, ses compagnes continuaient de ramasser le petit bois.
Après les quinze minutes qui dura la visite de Marie, Bernadette enleva ses sabots, traversa le ruisseau et rejoignit ses compagnes étrangères à tout ce que Bernadette avait fait.Elle leur demanda:
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Sculpture de la Vierge Marie sur l'esplanade du sanctuaire de Lourdes.Juillet 2019. |
Les trois enfants rentrèrent chez elles, les petits fagots sous le bras. Bernadette ne put dissimuler son
trouble, et dit:
-J’ai vu, dit-elle, quelque chose
habillé de blanc. Elle leur décrivit, à sa manière, son extraordinaire expérience.
Marie et Jeanne croyaient les paroles de Bernadette mais
elles eurent très peur.
-C’est peut-être quelque chose pour nous
faire du mal, dirent-elles ; n’y retournons plus, Bernadette.
A peine les filles rentrées à la maison, Marie, ne put garder longtemps ce que Bernadette avait vu et elle
raconta tout à sa mère.
-Ce sont des enfantillages, dit
celle-ci… Que me raconte donc ta sœur ?, reprit-elle en interrogeant Bernadette.
La petite bergère raconta à nouveau son expérience et
Mm Soubirou haussa les épaules.
-Tu t’es trompé. Ce n’était rien du
tout. Tu as cru voir et tu n’as rien vu. Ce sont des lubies, des enfantillages.
Quoi qu’il en soit, reprit la mère, n’y va plus. Je te le défends.
Mais le plus grand désir de Bernadette était déjà d’aller revoir la Belle Dame lumineuse et habillée en blanc.
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Sanctuaire de Notre Dame de Lourdes. Chapelle de lumière. Juillet 2019. |
Les autorités interrogèrent plus tard Bernadette afin de donner crédibilité à son expérience:
« Du jeudi 11 février au dimanche
14 février, y eut-il chez vous désir de retourner à la grotte, ou bien
indifférence ? »
« Il me tardait par
curiosité, d’y revenir pour voir si je reverrais l’Apparition », dit Bernadette.
Toinette
parla de l’Apparition, le vendredi et le samedi, à plusieurs filles de son âge.
Jeanne Abadie confesse qu’elle en parla de son côté. Aussi, dès le samedi soir,
plusieurs de ces enfants arrêtaient le projet de descendre à la grotte, le
lendemain, et d’y amener Bernadette. Le même soir, par le conseil de sa mère,
Bernadette alla exposer à M l’abbé Pomian ce qui s’était passé, le jeudi
précédant, à la grotte[5].
Du reste, le prêtre ne fit aucun cas des récits de l’enfant.
Chez Bernadette, une ardente passion de contempler encore la Dame qu'elle appelait "incomparable" s'était développée, une Dame « d’une beauté qu’il est impossible d’exprimer. » Pour elle, cette expérience ne
pouvait être quelque chose de mauvais car elle avait vu une
Dame d'une physionomie merveilleuse. En attendant l'autorisation de sa mère, les enfants décidèrent emporter de l'eau bénite de l'église la prochaine fois qu’elles iraient aux Roches
Massabielle.
Le 14 février, les enfants retournèrent à la Grotte et récitèrent le chapelet à genoux.
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Groupe de pèlerins espagnols à Lourdes. Juillet 2019. |
Le visage transfiguré, le visage de Bernadette transmet une forte émotion inspiré par une lumière divine. Une fois encore, la Vierge Marie est sur le roc visible seulement par Bernadette. La bouteille d’eau bénite
entre ses mains, elle aspergea l’Apparition en face d'elle à l’intérieur de la niche. A plusieurs reprises, la Vierge
s’inclina et fit quelques pas vers le bord du rocher.
Bernadette, prosternée et récitant le chapelet, dit à la Belle Dame: « Si vous venez de la part de Dieu,
approchez, ». Ensuite, l'Apparition s’évanouit.
Si Bernadette éprouvait une grande joie, ses
amies, effrayées, ne voulaient plus y
aller.
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Pèlerins italiens à Lourdes. Juillet 2019. |
Les apparitions continuèrent comme l'exprime M. Jacomet dans une lettre datée du 27 mars, tout en soulignant le pieux
ravissement de la multitude qui s’amassait déjà face à la grotte :
« Vous aurez l’aspect de la grotte
pendant cette journée (du 25 mars), quand vous saurez que cinquante-deux
cierges y brûlaient encore à onze heures du soir, et qu’il y en a eu jusqu’à
soixante-cinq à midi. Les offrandes se sont élevées au chiffre énorme de 61
francs, presque tout en monnaie de billon.
Depuis le 4 mars, nous n’avions pas eu
affluence pareille. De la ville à la grotte, jusqu’à dix heures du soir,
va-et-vient continuel, de femmes surtout, venant en partie du dehors. Cette
foule immense, ce nombre infini de cierges, le chiffre des offrandes, tout cela
tient en partie à la fête de l’Annonciation, d’abord, et à la présence de la
visionnaire à la grotte pendant la matinée. Mais, hier 26, ces deux raisons
n’existaient pas, et cependant le chiffre des offrandes s’est élevé à 10 fr.
65 ; et, à dix heures du soir, plus de trois cents personnes se
promenaient aux abords de la grotte, éclairée par dix-sept cierges ; ce
qui est prodigieux pour un jour ordinaire… Je suis informé que, depuis quelque
temps, les visites à la grotte recommencent ; la jeune fille s’y est
rendue hier matin, 25 mars, et a assuré que le Vierge lui est apparue à
nouveau, et depuis lors d’affluence augmente ; la grotte a été transformée
en une sorte de chapelle ; des emblèmes religieux y ont été placés et l’on
y dépose des offrandes.
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Écran sur le mur des piscines.Juillet 2019. |
J’ai immédiatement donné l’ordre de
faire examiner la jeune fille par un médecin, et, s’il y avait lieu, de la
faire interner ensuite à l’hospice ; mais je me demande quel doit être
après cela le rôle de l’autorité civile. Évidemment, il n’y a pas de délit dans
le fait des visites à la grotte ; tout s’est passé jusqu’à présent dans le
plus grand ordre ; je ne vois donc autre moyen de faire cesser ces
démonstrations que l’intervention du clergé. »
Les médecins de Lourdes examinèrent
Bernadette donnant l’avis que le baron Massy avait prévu. Le 27 mars eut lieu l'examen, et le rapport médical fut rédigé le 31[6] :
Monsieur
le maire, les soussignés ont l’honneur de vous adresser le rapport que vous
leur avez demandé, concernant la petite Soubirous, de Lourdes. Cette enfant
est-elle sous le coup d’une maladie mentale ? Y a-t-il nécessité de la
traiter ? Telles sont, nous croyons, les questions que nous sommes appelés
à résoudre.
La
jeune Bernadette est d’une constitution délicate, d’un tempérament lymphatique
et nerveux ; âgée de treize ans, ne paraissant pas en avoir plus de onze.
Sa physionomie est agréable, ses yeux ont une expression vive ; sa tête
est d’une conformation régulière, mais étroite, plutôt petite que grande.
Elle
se porte, dit-elle, fort bien, n’a jamais souffert de la tête, n’a point
éprouvé de crises nerveuses, boit, mange et dort à merveille. Cependant, la
jeune Bernadette n’a pas aussi bonne santé qu’elle parait le croire : elle
est, d’une façon manifeste, atteinte d’asthme ; sa respiration est
légèrement anxieuse et sifflante, et le devient parfois à un degré plus
sensible.
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Jésus dans les bras de Marie par Maria de FAYKOD. Calvaire sur la rive droite à Lourdes. Juillet 2019. |
Bernadette
nous raconte que, le 11 février dernier, elle ramassait du bois avec sa sœur
cadette et une de leurs amies, plus grande qu’elles. Ces trois enfants
longeaient les bords du Gave et arrivaient en face d’une grotte dont elles
n’étaient séparées que par un canal ayant très peu d’eau et facile à franchir.
Les deux premières le traversent, en effet, sans hésitation ; mais
Bernadette se prétend enrhumée ; elle veut se faire passer : on lui
refuse.
Elle
en prend alors son parti, tire ses bas et va franchir le canal ; mais à
peine son pied a touché l’eau qu’elle entend un bruit sourd, comme un coup de
vent : el se retourne, regarde au loin, et remarque que tout est immobile
dans la campagne. Il n’en est pas ainsi du côté de la grotte, où un buisson, un
rosier, qui est à l’entrée, s’agite violemment.
Bernadette,
la quinzaine expirée, attendait pour aller à la grotte que la Dame l’y
attirât : l’appel se fit entendre dans la soirée du 6 avril, pour le
lendemain, mercredi de la semaine de Pâques. Le commissaire écrit, le 7 avril[7] :
Hier
dans la soirée, quelques personnes ont été informées que Bernadette irait ce
matin à la grotte. Cette nouvelle a couru la ville. De très bonne heure, tout
le monde était sur pied, et la grotte assiégée par plus de douze cents
personnes.
Bernadette
arrive, comme toujours, escortée de parents et de gens dévouées. Elle allume un
cierge, elle passe sont chapelet ; ses regards sont fixés comme d’habitude
sur l’ouverture ogivale qui est au-dessus de la cavité principale. Bernadette
sourit, elle salue ; puis elle gravit l’espace qui la sépare de la grotte
et se pose là, immobile, souriant et saluant ses parents.
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Vue de l'esplanade. Lourdes, juillet 2019. |
Le maire écrit, de son côté :
La
jeune Bernadette s’est rendue ce matin à la grotte, où étaient réunis une foule
de curieux : elle est restée longtemps en extase, environ trois quarts
d’heure. Les personnes qui l’assistaient ont aussi prié Dieu avec beaucoup de
recueillement. L’ordre le plus parfait n’a pas cessé de régner.
Ce jour-ci, pendant l'apparition, se produisit ce fait remarquable: la flamme du cierge de Bernadette ne brûla pas sa main. Un fait très discuté
par les historiens de l’événement de Lourdes.
Par le témoignage de Mlle Estrade, on sait que Mlle
Devos, de Bayeux, obtint le capuchon que couvrait la tête de Bernadette. Elle ajoute :
« Ce capuchon devrait, ce semble, être donné à la grotte et y
demeurer, pour enseigner à tous que la très sainte Vierge aime les pauvres et
la pauvreté. ».
Cependant, le capuchon de Bernadette n’est pas à
Bayeux. D'autre part, le capulet fut déposé au trésor de la basilique de Lourdes par M. Hauzelot, d’Ercuise (Oise), qui raconte dans une lettre de 1873 comment il le retrouva.
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Vue de l'esplanade et du château. Lourdes, juillet 2019. |
« Avant
de quitter Lourdes, au commencement de 1862, j’allai voir la mère de
Bernadette, et je lui demandai si elle avait encore les vêtements que sa fille
portait au temps des apparitions. Elle me répondit qu’elle avait donné le
capuchon, qu’il ne lui restait que le capulet, et qu’elle voulait le garder.
Après bien des instances de ma part, elle consentit, non sans peine, à me le
donner, ainsi que la croix du chapelet de sa première communion, et une lettre
de bonne année. Ce qui m’a donné la pensée d’avoir un souvenir de Bernadette,
c’est qu’ayant été un des premiers pèlerins de la Salette, j’ai pu voir la robe
de Mélanie, ainsi que la cravate de Mximin. La robe de Mélanie est un grand
enseignement contre le luxe effréné des parures : elle dit que Dieu ne
cherche pas ceux qui se pavanent sur la terre, pour leur révéler ses desseins.
Le capulet blanc de Bernadette produit le même effet sur ceux qui le voient.
Dernièrement, M. le curé de Crouy-en-Thelle fit l’inauguration d’une statue de
Notre-Dame de Lourdes, et montra à ses paroissiens le capulet de
Bernadette : l’impression fut vive et profonde. »
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En haut, basilique de l'Immaculée Conception. Lourdes, juillet 2019. |
L’attitude, la transfiguration et l'extraordinaire expérience qui a vécu Bernadette à la grotte a été publique et observée par de nombreux habitants de la région et d'ailleurs. Voici comment certains témoins oculaires ont vécu cette expérience [8] :
Ce
qui frappait le plus, c’était le visage : il se décomposait ; on le
voyait devenir pâle ; cela faisait peur et plaisir à la fois : ce
blâme était très beau à regarder, et cependant il semblait qu’on allait voir
mourir la petite. La première fois que je la vis ainsi, je criai, et d’autres
comme moi : Mon Dieu ! elle va mourir.
Quel
plaisir de la voir, quand son visage changeait ! C’était un vrai visage de
vierge, celui-là ; le visage des enfants lorsqu’ils sont au berceau…
Quand
elle souriait, on eût dit le visage d’un ange, et qu’elle était déjà dans le
ciel : ce sourire frappait le cœur ; il me faisait pleurer. On
entendit quelquefois Bernadette rire, un tant soit peu haut ; mais c’était
un joli rire, un rire gracieux comme celui des enfants innocents.
Ce
qui frappait encore, c’était la beauté des saluts : le prêtre qui fait le
mieux ne salue pas aussi bien le Très Saint-Sacrement. C’était si respectueux,
si beau !... Un jour que Bernadette était venue me voir, je lui
demandai : « Qui t’a appris à si bien saluer ? » Elle me
répondit : « Je ne sais pas comment je salue ; je fais comme la
Dame ; elle me salue, et je la salue de la même manière. » Ici, un
témoin note que Bernadette, tout en saluant, gardait les yeux élevés vers
l’Apparition.
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Façade de la basilique du Rosaire. Chapelle de Bernadette Soubirous. Sanctuaire de Lourdes. Juillet 2019. |
Bernadette, devenue sœur Marie-Bernard, dira plus tard:
« Je
ne me souviens pas des
raisons qui causaient les alternatives de joie et de tristesse, remarquées sur
mon visage pendant les apparitions ; »
Néanmoins, cette expérience a ému profondément les témoins, et ils parlent de l’émotion
qu’ils ressentaient lorsque la tristesse s'afficha sur le visage de Bernadette.
Quelquefois,
la joie de Bernadette disparaissait tout d’un coup, et on la voyait
triste : c’était, en particulier, lorsque l’Apparition changeait de place
et allait de l’ouverture du dehors à celle de l’intérieur ; l’enfant se
levait alors, le visage tout affligé, et poussant de petits gémissements Un
jour, qu’elle allait ainsi sous l’arceau du rocher, comme si elle eût voulu
découvrir ce qu’était devenue l’Apparition, Mme Dufo, à la vue de sa
tristesse, se mit elle-même à pleurer à chaudes larmes.
Un autre témoin des apparitions la décrit comme il suit :
A
quatre ou cinq reprises, il sembla que la sainte Vierge apparaissait et
disparaissait tour à tour ; le visage de Bernadette passait de la
tristesse à la joie et de la joie à la tristesse, comme si un nuage l’eût
traversé ; je pensais : « Notre-Dame fait comme une mère avec
son enfant ; elle se cache pour se faire chercher. » Je me disais
encore : « Ceci prouve que Bernadette voit réellement quelque chose
d’extraordinaire. » Certes, on n’était pas, quand on la voyait ainsi aller
et venir, tenté de croire qu’elle faisait des grimaces. M. Dufo, avocat, qui se
trouvait proche de moi, fut tellement ému qu’il dut se retirer. Pour moi, je
pleurais tant que je pouvais, et d’autres aussi.
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Sanctuaire de Lourdes. Juillet 2019. |
Beaucoup de témoins ont vue Bernadette pleurer :
Un
jour, dit le garde champêtre Vergès, je me plaçai bien près d’elle pour voir
ses yeux. Quand elle fut devenue comme cire, je vis les larmes couler :
pas d’eau plus claire que celle qui tombait de ses yeux. Cette vue me
bouleversa.
J’ai
vu, dit Marie Foucarde, de grosses larmes se détacher de ses yeux et descendre
le long de ses joues, claires comme le cristal.
Jeanne Védère connait le secret et pourquoi pleure Bernadette :
Je
ne l’ai pas vue pleurer à la grotte, le 4 mars ; mais je savais qu’elle
avait plusieurs fois versé des larmes. Je lui demandai donc pourquoi elle
pleurait pendant les apparitions. Elle répondit : « Je pleure lorsque
la Dame pleure. »
Le visage de Bernadette, pendant l'extase, était comme le reflet du visage de Marie ; si les
spectateurs ont regardé la beauté de Marie, Bernadette ne contemplait pas la même beauté : aussi, la
foule, saisie par la lumière de cet évènement supérieur,
était à un niveau inférieur de l'expérience de Bernadette :
Quand
je demandais à Bernadette, dit Jeanne Védère, si la très sainte Vierge était
bien belle, elle semblait entrer en extase, et ne répondait pas autrement.
J’insistais : alors elle se contentait de répondre : « Pour s’en
faire une idée il faudrait aller au ciel. »
On voit bien l'extraordinaire dimension de l'expérience vécue par Bernadette que, dans son innocence, ne
savait comment exprimer la lumière qui enveloppait l’Apparition [9].
[1] Mlle
Emmanuélite Estrade, mémoire autographe.
[2] André
Sajoux, p. 227.
[3] Jean
Védère (sœur Gertrude, trappistine), mémoire autographe.
[4] P.
Léonard Josephe Marie CROS. Notre Dame de Lourdes. Récits et mystères. 1901. P.
162. Enquête : Marie Portau, p. 339.
[5] M l’abbé
Pomian ; Sœur Eléonore Peyrard, Fille de Saint-Vincent-de-Paul, p. 768.
Henri LASSERRE. Notre-Dame
de Lourdes. Septième
édition. Paris. 1893. BNF. Gallica.
P. Léonard Joseph Marie CROS. Notre
Dame de Lourdes. Récits et mystères. 1901. BNF. Gallica.
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Images prises en juillet 2019 à Lourdes 65100
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©José María Gil Puchol Productions
Photographe à Loudéac 22600
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